Le Minet Tristounet


 J'étais à la fenêtre de ma chambre lorsque ce minet tristounet est arrivé dans ma cour arrière. Comme je laisse toujours de la nourriture pour les chats errants, elle était venue manger en se frôlant amoureusement sur la table à pique-nique. Elle était apprivoisée. Une chatte grise et blanche dont j'ai appris à me souvenir par coeur de l'emplacement de toutes ses taches de blanc et de gris. Elle avait l'air triste. Ne sachant pas trop si c'était une femelle au début, je lui avais donné 3 noms, incapable de me décider lequel lui allait le mieux. Gros Minou, Gros Minet, et Gros Minet Tristounet. Et comme elle m'apparaissait être assez agée, je supposais qu'elle avait déjà été baptisée auparavant par ses maîtres dont elle semblait avoir perdu la trace. Juillet est le mois des déménagements... Ils étaient peut-être déjà déménagés oubliant la chatte.  

Nous sommes devenus des amis inséparables. Elle a passé les mois de Juillet et Août et une partie de Septembre dans la cour arrière. Tapie sous le sapin baumier, ou la haie de cèdre. Elle n'acceptait pas de passer la nuit dans la maison. Moi ça m'arrangeait. Mes allergies chroniques aux animaux me rappelaient de mauvais souvenirs. J'ai placé quelques annonces aux alentours et sur un babillard Internet pour lui trouver une bonne famille d'accueil. Mais personne ne voulait d'un vieux minet Tristounet.


 

 Une nuit je j'ai entendu miauler dehors, je me suis levé pour aller voir ce qui se passait , il y avait un gros chat sur le balcon qui regardait ma chatte qui avait grimpé sur le mince rebord de la balustrade. J'ai fait peur au vilain matou errant et laissé la chatte faire son dodo paisible à l'intérieur. Vers la fin de Septembre, elle est apparue un matin frais sur le balcon arrière, en marchant difficilement sur 3 pattes. Arthrose sévère dû à l'âge selon la vétérinaire. Depuis ce temps elle est restée dans la maison jusqu'en début Février. Elle est restée très faible des pattes tout ce temps. Elle marchait peu, et évitait de marcher. Elle avait décidé de squatter mon sous-sol. J'avais placé une boîte de carton à l'envers avec un trou en guise de cabane à minou. Cela a été sa maison pendant quelques mois. Le soir après souper, elle sortait pour venir se poster en haut de l'escalier, ou venait me rendre visite lorsque je jouais du piano ou me prélassais au salon. Le matin elle m'attendait près de son bol de nourriture, et ne mangeait pas tant qu'elle n'avait pas eu sa dose de caresses. Elle avait une façon de dire "bonjour" en faisant un drôle de petit bruit du genre "Brrrrrui Brrrrui"


C'était une chatte tranquille et douce. Pas tellement une joueuse. Quoiqu'on ait joué quelques fois avec une ficelle à attraper. Elle était très sociable, acceptait n'importe quelle visite, se laissait caresser facilement. Elle ne m'a jamais griffée. Si j'avais le malheur de toucher à ses pattes de derrière je voyais que ça lui faisait mal. Lorsqu'elle se couchait sur moi et que je voulais me lever, elle restait accrochée à mes vêtements et se lamentait. Je trouvais parfois qu'elle n'était pas très énergique. (Elle dormait beaucoup) Elle n'était pas comme ça au début. Sans doute ses problèmes de pattes ont fait qu'elle n'avait plus envie de gambader comme auparavant. Bon caractère. Elle m'aimait, et je l'aimais. Elle possédait son langage que j'avais appris à décoder. Maintes fois je l'ai entendue gratter doucement les portes lorsqu'elle désirait que je les ouvres. Elle s'imaginait probablement que même si c'était l'hiver il y avait au moins une porte qui donne nécessairement sur l'été. Après 6 mois, j'ai fini par avoir des insuffisances respiratoires, et 2 crises d'asthme importantes vers fin Janvier mon obligé à la faire euthanasier. Car je ne pouvais pas la retourner dehors avec ses problèmes de pattes. Et ce n'était plus vraiment une chatte d'extérieur. Elle a tout de même passé sa dernière journée et sa dernière nuit dans sa boîte de carton sur le perron à l'extérieur. J'ai ainsi procédé à un ménage monstre de ma maison. La maison n'a jamais été aussi propre je pense. Les médicaments m'ont aidé, et avec le temps ma respiration s'est corrigée.

   La dernière nuit, je l'ai entendue miauler pour dire qu'il y avait quelque chose de pas normal dehors. Il y avait un gros minou jaune qui la regardait et elle avait peur. J'ai fait peur à ce matou jaune. Le lendemain, Lundi le 3 février 2003, j'ai placé la chatte dans une boite trouée, et je l'ai apportée chez le vétérinaire. Arrivé j'ai dû patienter pour mon tour pendant 45 minutes. Pendant ce temps j'ai ouvert le dessus de la boite pour la libérer. Elle ne s'est pas levée. Elle restait accroupie dans la boîte en me regardant d'un drôle d'air. Les boìtes la sécurisait je crois bien. La préposée m'avait demandé si je voulais assister à l'euthanasie, j'ai dit oui sans hésiter. Je savais que cela me serait plus difficile, mais je voulais l'accompagner jusqu'au bout de sa misère de minou. Je ne voulais pas lui tourner le dos et la laisser toute seule à son sort. Elle s'est laissé faire comme une grande sans rien dire. Sa petite langue est sortie avant la fin de l'injection, ses grands yeux jaunes sont restés ouverts. La vie est sortie d'elle en seulement 4 secondes. Il était déjà trop tard.

 La vétérinaire s'est ensuite assurée que son coeur ne battait plus. J'ai commencé à perdre les pédales, c'était gênant en présence de 2 employés. Mais ils sont habitués j'imagine. Je suis resté pour la flatter un peu puis suis sorti le coeur gros. Je revois encore en pensée ses jolis petits yeux qui avaient l'air de se demander ce qui se passe. J'ose croire qu'il existe un paradis des minous, là où les minous n'ont pas mal aux pattes, là où personne ne les abandonne jamais.

Mon Gros Minet, j'aimerais m'excuser pour avoir décidé pour toi de t'enlever la vie. Tu aurais sûrement préféré que je te redonne ta liberté pour aller dehors...et souffrir encore dans le verglas, la neige et le froid du Québec.

Merci pour être entrée dans ma vie.
Merci pour toutes tes belles caresses que tu faisais avec ta tête en poussant sur moi.
Merci pour celles que tu faisais avec tes grosses mitaines velues.
Merci pour ne m'avoir jamais griffé et avoir toujours été d'une humeur égale avec moi.
Merci pour tes doux ronronnements .
Merci pour ta présence et les petits "bonjours" dont tu me gratifiais à ta manière tous les matins.
Merci pour ta douceur, ta gentillesse et pour m'avoir fait confiance.
Je crois que tu avais choisi la bonne personne pour s'occuper de toi pour le temps qu'il te restait.
Je souhaite de tout coeur que tes souffrances soient terminées à jamais et que tu as peut-être retrouvé ta maman au paradis des minous.
Vianney xxx (=^o^=)

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